Les effets du fonctionnement des marchés agricoles sur la sécurité alimentaire des ménages au Burkina Faso
financement : PAM - Cirad
Fonctionnement des marches et Sécurité alimentaire
Contexte
L'insécurité alimentaire est souvent appréhendée sous l'angle de la faible capacité du système productif agricole et du niveau insuffisant de diversification alimentaire des ménages. La conséquence de cette approche est la multiplication des initiatives et politiques en faveur de l'accroissement de la production agricole au sens large.
Malgré les excédents céréaliers enregistrés régulièrement par le Burkina Faso (balance excédentaire depuis 2002), l'insécurité alimentaire demeure une réalité pour les ménages pauvres. Des taux élevés de malnutrition dans des régions à forte production agricole (cas de la Boucle du Mouhoun et du Sud Ouest) remettent en cause la corrélation entre la production céréalière et la sécurité alimentaire. Ce paradoxe montre toute la complexité du lien entre la disponibilité des vivres et l'accès à la nourriture des ménages.
La situation alimentaire des producteurs est aussi dépendante de leurs conditions d'accès au marché qui peut se faire selon plusieurs mécanismes :
vente des surplus de production vivrière et achat d'autres vivres par le ménage excédentaire,
vente de produits à la récolte et rachat en période de soudure par le ménage déficitaire, déstockage de bétail pour se procurer des produits vivriers par le ménage éleveur,
vente de produits de rente et achat de produits vivriers par le ménage déficitaire,
achat d'intrants.
Le marché contribue incontestablement à l'approvisionnement alimentaire des ménages en milieu rural. Dans le milieu urbain, le marché demeure même leur principal pourvoyeur de nourriture. Il joue un rôle de redistribution des biens alimentaires entre les zones de production et les zones de consommation et entre la période de récolte et la période de soudure. La défaillance des marchés (absence d'infrastructures de proximité pour les ménages, prix élevés ou instables, ruptures d'approvisionnement, faible diversification des produits ... ) a donc un impact sur la sécurité alimentaire des ménages ruraux et urbains.
Il apparaît nécessaire d'envisager une autre approche de la sécurité alimentaire basée sur la responsabilité des marchés agricoles. Il s'agit d'examiner la propension des ménages à recourir au marché pour satisfaire leurs besoins alimentaires, le rôle du marché dans leur diversification alimentaire, leur stratégie saisonnière d'approvisionnement et la capacité du marché à répondre à leurs besoins. Cette étude devrait apporter un éclairage plus précis sur les liens souvent obscurs entre le fonctionnement des marchés et la sécurité alimentaire des ménages.
Il s'agit plus précisément de :
Identifier les comportements, pratiques et stratégies commerciales des ménages en tant que producteurs et consommateurs de produits agro-sylvo pastoraux et halieutiques et évaluer leurs impacts sur la disponibilité physique, l'accessibilité économique et la qualité de leur alimentation ;
Identifier les caractéristiques des marchés (en termes de disponibilité physique des produits alimentaires, de facilitateur à l'accès économique de ces produits, d'approvisionnement et d'évacuation des produits ... ) et leurs influences sur la sécurité alimentaire ;
Appréhender le fonctionnement de la chaîne de distribution des produits alimentaires et ses répercutions sur la sécurité alimentaire ;
Formuler des recommandations aux décideurs publics et aux partenaires du développement visant à réduire les insuffisances des marchés afin qu'ils pourvoient efficacement à l'alimentation des ménages.
Durée et portée de l'étude
La durée de l'étude est de 7 mois allant de juin à décembre 2010. Elle couvre 4 régions présentant des caractéristiques particulières :
le Sahel, zone d'élevage et région déficitaire en production agricole ;
la Boucle du Mouhoun, grenier à céréales du Burkina Faso avec des taux très élevés de malnutrition ;
les Hauts Bassins, région excédentaire avec une situation alimentaire équilibrée et carrefour commercial avec un rôle stratégique dans la redistribution de la nourriture ;
le Centre, région de consommation et où le marché est le principal pourvoyeur d'aliments des ménages.
Pour bien explorer l'ensemble des relations que les ménages entretiennent avec les marchés et en quoi le fonctionnement des marchés peut faciliter ou entraver la disponibilité physique des produits agricoles et l'accès économique des ménages aux biens alimentaires, les tâches suivantes sont en cours de réalisation :
Exploitation de la documentation disponible sur la sécurité alimentaire, le fonctionnement des marchés agricoles, la consommation des ménages, la malnutrition, les stratégies des acteurs, l'intégration des marchés, la diversité alimentaire et les initiatives et politiques en matière de sécurité alimentaire ;
Construction des balances ressources-emplois des principaux produits (détermination des flux régionaux à partir des estimations de production et de consommation) ;
Détermination de la structure des marchés dans les 4 régions considérées (typologie, localisation, taille, etc.)
Enquête auprès des ménages (activités économiques, production agricole et accès au marché, dépenses du ménage, dépenses alimentaires ... ) pour améliorer les connaissances sur les stratégies d'approvisionnement et commerciales de ces derniers ;
Enquête sur les marchés de proximité (affiner leur taille, produits présents et saisonnalité, approvisionnement, origine des acheteurs et des vendeurs, prix ... ) et auprès des agents des principales filières d'approvisionnement.
Partenariat et suivi de l'étude
Plusieurs partenaires ont été sollicités pour participer à un atelier préalable à la rédaction des termes de référence de l'étude et pour certains d'entre-eux participer à un suivi de l'étude :
le ministère de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources Halieutiques : DGPER, DGRH, DGPSE,
d'autres structures nationales : Bureau National des CRA, APFNL, DGC/MCPEA, UFR SEG Université de Ouagadougou, SONAGESS,
des partenaires privés.
La Direction générale de la promotion de l'économie rurale (DGPER) du Ministère de l'Agriculture, de l'Hydrolique et des ressources halieutiques (MAHRH) est un partenaire particulièrement précieux pour cette étude. Une collaboration s'est mise en place entre le CIRAD et la DGPER pour la réalisation de l'enquête auprès des ménages.
L'étude est placée sous la supervision d'un comité de suivi composé des principales parties prenantes à la gestion de la sécurité alimentaire et dont la présidence est assurée par le PAM. L'étude suit les étapes suivantes :
atelier de concertation entre les acteurs de la sécurité alimentaire (tenu en juin 2010)
mise en place d'un comité de suivi de l'étude et partage des résultats ;
atelier de mi-parcours pour discuter les premiers résultats avec les acteurs concernés et dégager les insuffisances et les besoins d'informations complémentaires (prévu pour octobre 2010) ;
examen et validation du rapport par le comité de suivi ;
atelier de restitution des résultats définitifs de l'étude auprès d'un public assez large.