

















Le parc régional du W est une aire protégée cogérée trois pays d'Afrique de l'Ouest : le Bénin, le Burkina Faso et le Niger. Elle couvre une superficie de dix mille kilomètres carrés, et tire son nom du fleuve Niger qui le borde dans sa partie Nord, et dont les méandres forment un « W » caractéristique.
Ce parc est lui-même entouré d'autres parcs nationaux, de réserves et de zones de chasse touristique. Le vaste complexe d'aires protégées ainsi formé (le complexe WAP) couvre plus de trente mille kilomètres carrés.
Perdu dans un océan de désertification, ce complexe écologique constitue aujourd'hui l'un des derniers poumons verts d'Afrique de l'Ouest. Il abrite en outre les représentants d'une faune et d'une flore emblématiques et jadis bien représentées dans ces savanes.

Paisible !
A ce titre, le parc régional du W est inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, qui en a fait la première Réserve de Biosphère transfrontalière au monde.
En dépit de cette reconnaissance internationale, le maintien de l'intégrité du Parc W et des aires protégées périphériques reste un défi de taille pour les gestionnaires nationaux :
Depuis 2002, une stratégie commune de gestion de ce complexe écologique et de sa périphérie a été mise en place par les trois pays, avec un soutien significatif de l'Union Européenne. A différentes échelles d'interventions, un ensemble de solutions (institutionnelles, techniques, ... ) visant conjointement un développement plus harmonieux des zones rurales périphériques et la conservation de la biodiversité a été promu.
A l'échelle du Parc W, la valorisation économique des écosystèmes par le développement de l'écotourisme est l'option qui a rencontré le plus de contingences, et de nombreux investissements publics et privés ont été consentis depuis pour la promotion de ce secteur d'activité.

Un site d'observation de la grande faune

Des vestiges archéologiques

Dans le lit de la rivière
... des pierres taillées !

Attention aux caïmans !

Aigles pêcheurs


Un giraffeau




Phacochère
Depuis ces dix dernières années, l'expertise francophone en matière de gestion des aires protégées et de leurs périphéries, s'est singulièrement enrichie à travers plusieurs expériences menées en Afrique australe, sur des terrains zimbabwéens notamment :
La qualité des recherches menées et leur adéquation à des concepts novateurs accordant une large part à l'implication des populations locales dans la gestion des ressources de la Biodiversité, ont en effet permis de positionner durablement les équipes concernées sur la scène scientifique internationale et d'en faire les partenaires privilégiés des structures de recherche locales et régionales intervenant dans la zone (universités du Zimbabwe, UICN, WWF, Administration des Parcs nationaux du Zimbabwe etc) et de programmes de développement visant à l'amélioration des conditions de vie des populations locales (Campfire, Admade,etc).
Dans le même temps, l'Afrique de l'Ouest, qui durant des lustres n'a pas bénéficié des mêmes attentions a toutefois connu plusieurs expériences novatrices et enrichissantes à travers notamment la création et la dynamisation du Complexe régional transfrontalier des aires protégées du W (Bénin, Burkina Faso et Niger) au début des années 2000.
Dans ce cadre institutionnel favorable et placé sous le signe de l'intégration régionale, un programme de recherche, financé par l'Union Européenne (ECOPAS) a pu démarrer en 2001 sous la coordination scientifique du CIRAD, qui a permis entre autres de construire un réseau actif international de scientifiques intervenant dans la sous-région et de contribuer significativement à la mise en oeuvre des principes de cogestion et d'implication des communautés locales dans la gestion/valorisation des ressources naturelles.
Au terme de six années d'activité, le volet Recherche du Programme ECOPAS et ses partenaires scientifiques ont capitalisé des résultats scientifiques dans de nombreux domaines de la recherche environnementale mais ont aussi permis d'asseoir une compétence en matière de développement, de lutte contre la pauvreté, de gestion des conflits et de gouvernance environnementale dans les périphéries d'aires protégées.
Des expériences du même type ont également été menées en Afrique centrale dans des contextes institutionnels similaires : projets UE FED (Ecofac), ONG internationales et nationales (WWF, WCS,...), partenariats interuniversitaires, partenariats avec le secteur privé (forestier surtout) et mobilisant des approches communautaires (l'exemple des forêts communautaires au Cameroun est à ce titre particulièrement riche d'enseignements).
Le bilan comparatif des expériences menées sur ces différents terrains met clairement en lumière des similitudes et des complémentarités qui ne sont pas que d'apparence et concernant :
mais aussi des singularités, comme la démarche consensuelle de gestion des conflits liés à la pratique de l'élevage transhumant transfrontalier qui caractérise la zone du W ou la prise en compte des questions de contrôle des "animaux à problèmes" dans les zones communales du Zimbabwe.
Beaucoup de points communs et d'expériences à approfondir dans une optique d'ouverture donc, mais aussi des expériences individuelles novatrices et des angles d'analyse novateurs méritant d'être échangés pour espérer sortir des prés carrés linguistiques constitués par ces deux "blocs" de l'Afrique (anglophone versus francophone), qui s'ignorent le plus souvent.
Au plan des financements extérieurs, des économies d'échelle peuvent facilement être réalisées dès lors qu'on analyse le déficit avec lequel les acquis des projets et des actions de recherche, pourtant diligentés par les mêmes organismes et bailleurs, sont généralement vulgarisés de part et d'autre de cette frontière linguistique.
Face à ces constats, dans une optique de rapprochement des équipes et de mise en commun des expériences, le CIRAD a donc souhaité développer une plateforme d'échanges centrée sur la gestion communautaire des zones à enjeux de biodiversité (aires protégées et leurs périphéries en particulier) et faire en sorte que des échanges réguliers puissent intervenir à travers des ateliers et des opérations de communication spécifiques (traduction d'ouvrages, échanges d'expertise etc.).
Plusieurs échanges entre l'Afrique australe et l'Afrique centrale et occidentale ont déjà été opérés dans un passé plus ou moins récent, notamment sur la gestion des conflits liés aux "conflits homme/faune" ou "problem animal control" (PAC) et sur les agricultures de conservation dans le contexte similaire d'expansion cotonnière qui caractérise les deux zones, mais il reste de nombreux points sur lesquels peu de choses ont été mises en commun.
Ainsi, les questions de gouvernance et de cogestion se posent souvent aux gestionnaires des aires protégées. Ces derniers proposent des réponses différentes selon les contextes et les enjeux de conservation auxquels ils sont confrontés.
Ces thématiques ont été retenues pour faire l'objet d'une première réunion intitulée Regards croisés sur la Tapoa Elle fut organisée dans le cadre de la plate forme Aires protégées, périphéries et communautés locales, à laquelle ont participé une cinquantaine de scientifiques, d'acteurs et de gestionnaires de la faune sauvage, issus des principaux sites mentionnés, mais aussi d'autres horizons (Zambie, Namibie, Gabon, Cameroun, Sénégal etc.).
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