Atelier constitutif de l'OAM
L'atelier constitutif international de l'OAM s'est tenu en avril 2008 à Montpellier (France)
Il a réuni plus de 50 participants venus d'une quinzaine de pays (Brésil, Sénégal, Maroc, Argentine, Costa Rica, Viet-Nam ... ) représentant un très large panel d'acteurs internationaux : OCDE (organisation de coopération et de développement économique), Club du Sahel, IICA (Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture), Universités, AFD (Agence française de développement), FAO (Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation), FIDA (Fonds international de développement agricole), Secrétariat du CGIAR (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale), Centres de recherche du Sud ...
Un Observatoire des Agricultures du Monde (OAM)
Constats et enjeux
Les agricultures du monde ont connu ces dernières décennies des évolutions inédites dans l'histoire. La mise en concurrence des systèmes productifs à l'échelle de la planète entraîne des recompositions différenciées tant du point de vue des formes de production que des systèmes techniques avec des impacts différenciés sur les enjeux planétaires globaux.
Dans les prochaines années, les agricultures devront contribuer au développement durable, en garantissant l'augmentation de la production des biens agricoles pour faire face à l'accroissement de la population, en améliorant le niveau de vie des populations rurales tout en gérant de manière durable les ressources dans un contexte de renchérissement des énergies (donc des transports et des intrants chimiques) et de changements climatiques.
Certaines conclusions de l'atelier constitutif furent de confirmer
- que les changements actuels des systèmes productifs à l'échelle mondiale sont insuffisamment documentés.
- que la faiblesse des dispositifs de production de connaissances sur les dynamiques des systèmes productifs font que nos représentations collectives de l'évolution des secteurs agricoles et ruraux ne sont pas à jour.
Cette faiblesse est notamment liée à l'insuffisance de mise en perspective entre pratiques locales et enjeux globaux :
- Les acteurs concernés par les politiques publiques sont diversement associés à la définition des modalités de production des informations pertinentes pour l'action, et ne peuvent en conséquence mobiliser ces connaissances dans leur quotidien.
- Parallèlement, les utilisateurs des dispositifs d'observation disposent de données agrégées, obtenues généralement à des échelles qui ne sont pas toujours pertinentes par rapport à la manière dont les enjeux et les contradictions du développement durable sont perçues au niveau local. La définition, la mise en oeuvre et l'évaluation des politiques publiques ont alors de fortes chances de ne pas répondre aux attentes des acteurs.
- Les critères d'appréciation des performances des systèmes productifs agroalimentaires sont encore trop marqués par les approches productivistes et sectorielles, et ne prennent pas assez en compte leurs impacts en termes d'équité et de gestion durable des ressources naturelles. Ces critères permettent difficilement de faire les liens entre secteurs ou encore de mesurer les conséquences des évolutions en cours à un autre niveau d'organisation
Le déficit de production et de gestion de l'information disponible et de réflexion sur le sens et l'usage de l'information à différentes échelles territoriales pose un problème de gouvernance entre les cadres normatifs d'orientation des politiques publiques et les stratégies des acteurs au niveau local.
Finalité
Pour répondre à ces déficits, l'Observatoire des Agricultures du Monde a pour finalité de constituer un espace
- de production et d'accumulation de connaissances utiles à l'action des acteurs à différentes échelles, du local au global,
- d'échanges, de réflexion et de débats sur la contribution des diverses formes d'organisation des agricultures (dans leur diversité géographique et sociale) aux enjeux globaux du développement durable.
Dans cette perspective, l'OAM a deux objectifs complémentaires :
- Eclairer les acteurs et le débat public sur les grands enjeux du développement durable dans l'agriculture. Il s'agit de répondre aux questions globales par une intelligence des dynamiques locales (mise en perspective par une approche comparative), permettant une autre lecture des transformations de l'agriculture.
- Permettre à des acteurs divers (par leur métier, leur origine, les niveaux de décision dans lesquels ils sont impliqués) de confronter leur perception et d'enrichir leurs compréhensions des dynamiques en jeu, dans une relation itérative entre production de connaissance et changement des rapports sociaux.
Les trois fonctions de l'OAM
L'atelier a retenu trois fonctions complémentaires de l'OAM pour structurer les actions à entreprendre :
Mise en synergie des acteurs
Une fonction de mise en synergie des acteurs régionaux et internationaux dans les dimensions technique et méthodologique de la construction d'observatoires et de leur mise en réseau
Cette fonction se fonde sur le principe que la construction des dynamiques régionales et la construction d'une dynamique internationale devront se faire de manière coordonnée et s'enrichir mutuellement tant sur le plan des méthodes que des dynamiques de changement mises en comparaison.
Elle consisterait principalement à :
- réaliser les échanges méthodologiques (soit autour de la production et de l'utilisation des connaissances, soit autour de questions permettant de structurer et renforcer les compétences) ;
- mettre en place des formations communes ;
- réfléchir et créer les conditions d'une mise en comparaison internationale des performances et des dynamiques des systèmes productifs agricoles et alimentaires ;
- créer un site web ;
- organiser des séminaires et colloques afin de diffuser les informations produites.
Collecte d'information et analyse
Une information liée à une analyse de thèmes transversaux identifiés comme majeurs à l'échelle globale
L'atelier a retenu les thèmes suivants afin d'articuler les dynamiques locales aux enjeux globaux, d'intéresser/impliquer les différents partenaires, de développer une capacité d'analyse et de prospective ainsi qu'une réflexion sur l'articulation entre observation, analyse et action :
- Recomposition des agricultures et rénovation des catégories d'analyse avec comme perspective contextuelle les conditions de l'insertion internationale des agricultures.
- Les performances des systèmes d'activités face aux enjeux globaux (échelles, critères, indicateurs) avec comme perspective de réfléchir aux termes de l'action publique et à l'impact des politiques publiques sur le développement durable.
- Les rôles des macro-acteurs (firmes agro-alimentaires, ONG), régulations sectorielles et territoriales et les politiques publiques.
Alerte
Il s'agit de mobiliser les membres du réseau autour de questions d'actualité (problèmes émergents, évaluation de politiques publiques), dans le cadre d'un forum ouvert à tous les partenaires.
Activités proposées
Les trois fonctions qui structurent l'OAM se traduiront en trois grands types d'activités qui seront menées de manière concomitante et complémentaire :
- l'analyse des expériences existantes en termes de dispositifs d'information sur l'agriculture et le rural,
- la mise en réseau d'observatoires déjà existants,
- la création de nouveaux observatoires
- un début de mise en observation des thèmes transversaux.
Cette phase expérimentale s'achèvera par la tenue d'un séminaire permettant de faire le bilan des différentes activités et de programmer la phase suivante.
La création d'observatoires
Cette activité consistera à développer des travaux de construction méthodologique et thématique (échange d'information) en appui à des dynamiques nouvelles d'observatoire. Ce type d'activité sera nécessairement limité à échéance d'un an mais il semble important que les dynamiques régionales puissent être soutenues par l'ensemble des acteurs intéressés quelle que soit leur situation (une expertise ouest africaine pourrait peut être utile dans certaines situations en Amérique Latine et réciproquement).
Chaque chantier expérimental s'organisera autour de porteurs et définira son mode de fonctionnement. Ainsi, les porteurs et partenaires des chantiers expérimentaux auront pour rôle de :
- Réaliser l'inventaire des dispositifs et / ou observatoires existants et des possibilités d'articulation, pour identifier les partenariats. Il s'agira de mettre en évidence l'articulation ou la dissociation entre niveaux d'observation, d'analyse et d'action, et entre des dispositifs sectoriels ou thématiques.
- Au niveau des localités retenues : réaliser des diagnostics partagés afin d'identifier les problématiques à traiter en priorité, objets et méthodes d'observation.
- Etablir un cahier des charges et un programme de travail
- Définir les produits attendus : revues d'expériences, modules de formation, monographies, séminaire régional ...
- Identifier l'organisation et les financements
Durant l'atelier, certains partenaires se sont portés volontaires pour porter l'organisation d'observatoires dans le cadre de tels réseaux:
- Amérique centrale / REDEAR, IICA (Inter American Institute for Cooperation on Agriculture)
- Mercosur / COPROFAM - CPDA - Observatorio do Agronegocio
- Afrique de l'Ouest (impact de la libéralisation sur les agricultures familiales) IPAR (Initiative prospective agricole et rurale), CSAO (Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest)
- Asie du Sud Est (Viêt-Nam ... ) et systèmes irrigués
- Europe RMT OAAT(Observatoire des activités agricoles sur les territoires)
D'autres initiatives sont bien sûr envisageables et des partenariat sont en cours de formalisation ou de constructions :
- Asie du Sud Est partenariat avec l'AIT (Asian Institute of Technlogy, organisme de formation à vocation régionale) et avec le CASRAD (Center for Agrarian Systems Research And Development) au Viet-Nam
- Afrique de l'Ouest, discussions engagées avec le ROPPA (Réseau des organisations paysannes et des producteurs de l'Afrique de l'Ouest) et CILSS / CEDEAO.
- Amérique latine : REDESAR et ACICAFOC. Discussions en cours sur le Mercosur
La mise en réseau d'observatoires existants
La mise en réseau des observatoires existants permettra, outre un échange d'expériences, de définir la plus-value d'un observatoire des agricultures du monde en termes d'analyses et de méthodes d'observations.
Dans ce cadre, des services s'organiseront autour du site de l'OAM :
- mise en ligne de tous les produits et des réflexions
- une base de données sur les observatoires du réseau
- une base de connaissances sur les agricultures du monde
- une information sur toutes les activités
- un forum permettant d'alimenter la fonction d'alerte
L'enjeu est de réussir à organiser cet appui grâce à des échanges d'expériences entre les différents partenaires. Dans une perspective d'expertise collective, non centralisée.
Analyse de thématiques transversales
Durant cette première année, les porteurs de projets de chacun des trois thèmes transversaux et les groupes de travail qu'ils animeront auront à charge de définir la faisabilité de la mise en observation. Pour cela, il leur reviendra de :
- définir la problématique
- préciser les questions scientifiques et pragmatiques en fonction des contextes et des enjeux
- réaliser un état de l'art
- mettre au point une méthodologie pour traiter les questions
- définir des groupes de travail et un calendrier
- organiser les échanges d'information entre dispositifs d'observation (forum, atelier)
- trouver des financements
Concernant les thèmes 1 et 2, le CIRAD dans le cadre d'un projet de recherche (Action Thématique Programmée) a organisé un atelier méthodologique. Ce projet de recherche est destiné à soutenir au plan scientifique et méthodologique la dynamique de structuration de l'initiative OAM.
Enfin, la FAO reconnaît la pertinence de l'initiative OAM, qui concerne une de ses fonctions de base même si des points nécessitent encore d'être précisés. Son intérêt se manifeste par le souhait d'en être partie prenante, selon des modalités qui restent à affiner.
L'initiative Observatoire sur les agricultures du monde pourrait être envisagée comme une contribution de la France au deuxième pilier du partenariat mondial pour l'alimentation et l'agriculture qu'elle propose de mettre en place conformément au discours du Président de la République le 3 juin dernier à Rome, lors de la Conférence sur la sécurité alimentaire mondiale.
Thèmes associés