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Sécurité alimentaire
Alimentation sûre et diversifiée

Alimentation ou agrocarburant, faut-il choisir ?

L'exemple du Burkina Faso

 

 

Alimentation ou agrocarburant, faut-il choisir ? (source : Revue "Perspective" N°8 - Cirad 2011)*


 

*La revue "Perspectives"

  • Avec Perspective, le Cirad ouvre de nouvelles pistes de réflexion et d'action, fondées sur des travaux de recherche, sans pour autant présenter une position institutionnelle.
  • Cette série de 4-pages synthétiques présente des idées ou des politiques novatrices sur des questions de développement, stratégiques pour les pays du Sud : sécurité alimentaire, foncier, changement climatique, sécurité énergétique, gestion des forêts, normes, etc.
  • Perspective s'adresse aux décideurs (publics, privés, associatifs ... ), mais aussi aux passeurs - journalistes, enseignants ... - et à tout public maniant des idées formulées de façon simple. Il est publié en français et en anglais.
Fruits de <em>Jatropha curcas</em>

Fruits de Jatropha curcas

 

Contexte

Les pays du Sud ont-ils intérêt à produire des agrocarburants ? La controverse autour de cette question est intense. Pour certains, les agrocarburants sont facteur de développement ; pour d'autres, ils concurrencent la production alimentaire. Il y a autant de profession de foi que d'argumentation étayée dans les discours anti ou pro-agrocarburant.

Le cas du Burkina Faso illustre comment cette question peut être instruite à l'échelle d'un pays.

Le Burkina Faso est confronté à une double insécurité : alimentaire et énergétique.

Une gamme étendue de filières possibles

Quelles plantes cultiver ? Dans quels endroits ? Avec quels facteurs de production ? Quelles techniques pour transformer la biomasse en énergie ? Selon quelles formes de production, d'approvisionnement, de transformation et de distribution ? Quelles filières privilégier ? Quel modèle de développement choisir : à grande ou petite échelle ; contractuel ou concurrentiel ; industriel ou décentralisé ? De ces choix découleront des conséquences sur la sécurité alimentaire, les revenus et les emplois, l'industrialisation, la vulnérabilité des ménages, les migrations ...

Plusieurs types d'agrocarburants peuvent être produits au Burkina Faso à partir de technologies existantes localement. Le bioéthanol et le biodiesel présentent des limites que nous ne détaillerons pas ici.

Ce sont les huiles végétales brutes qui offrent le plus d'atouts dans le contexte burkinabé.
Obtenues à partir de plantes oléagineuses et de technologies simples, accessibles de l'échelle villageoise à l'échelle industrielle, elles sont destinées prioritairement aux moteurs diesel statiques (groupes électrogènes, moulins, motopompes ... ).

Les plantes possibles pour produire ces huiles sont nombreuses : jatropha, coton, tournesol, arachide, soja ... Le jatropha, plante pérenne, présente l'avantage de pousser sur des terres peu fertiles, mais l'inconvénient de ne servir qu'à la production d'énergie (impossibilité de valoriser son tourteau, toxique, pour l'alimentation animale).

Presses à huile manuelles pour amener l’énergie en milieu villageois à partir de graines de jatropha

Presses à huile manuelles pour amener l’énergie en milieu villageois à partir de graines de jatropha

le sorgho sucré, une plante qui combine potentiel alimentaire et pouvoir énergétique

le sorgho sucré, une plante qui combine potentiel alimentaire et pouvoir énergétique

le Sesame, plante traditionnellement utilisée en Afrique pour son huile et sa graine consommable

le Sesame, plante traditionnellement utilisée en Afrique pour son huile et sa graine consommable

Les cultures oléagineuses annuelles offrent plus de flexibilité aux agriculteurs qui peuvent facilement changer de plante et choisir d'écouler leur production sur plusieurs marchés : alimentation humaine, alimentation animale, énergie. Mais le développement de ces cultures suppose d'améliorer les connaissances agronomiques pour les adapter aux conditions agroclimatiques et sociales de l'Afrique de l'Ouest. Les essais conduits pour cultiver le tournesol en pluvial sont prometteurs ; ils montrent de bons rendements en huile, et en tourteau pour l'alimentation du bétail.

Deux modèles de filière semblent intéressants pour le Burkina Faso :

Les biocarburants, facteur de développement des productions oléagineuses au Burkina Faso ?

Les biocarburants, facteur de développement des productions oléagineuses au Burkina Faso ?

Sécurité alimentaire

Un péril pour la sécurité alimentaire ?

Si les agrocarburants offrent une possibilité de sortir de l'insécurité énergétique, leur développement ne va-t-il pas nuire à la sécurité alimentaire ?

Compétition ?

Les agrocarburants peuvent menacer la sécurité alimentaire par plusieurs mécanismes :

Qu'en est-il de l'effet de ces mécanismes au Burkina Faso ?

Concurrence des débouchés pour l'huile
Sécurité alimentaire
Sécurité alimentaire
Sécurité alimentaire
Sécurité alimentaire
Transmission de la variations des prix internationaux des produits agricoles
Compétition foncière et compétition pour l'allocation du travail et du capital au sein des ménages

Cependant la sécurité alimentaire n'est pas qu'une question de capacité ou de niveau de production. Les causes d'insécurité sont autant à chercher dans le dysfonctionnement des marchés, dans l'inefficacité des politiques agricoles, voire dans certains déterminants sociaux, que dans les disponibilités physiques et les effets de substitution entre usages ou facteurs de production. L'insécurité alimentaire renvoie à un problème plus global de pauvreté.

Synergie ?

A l'opposé, des synergies sont possibles entre énergie et alimentation :

Il convient de chercher à exploiter ces synergies.

Une réponse spécifique à chaque pays

Faut-il choisir entre alimentation et agrocarburant ? La réponse est propre à chaque pays.

Les conditions à respecter sont nombreuses pour que les avantages des agrocarburants l'emportent sur les inconvénients :

Dans le contexte actuel de risque pour la sécurité alimentaire, mais aussi de compétitivité fluctuante des agrocarburants due à la volatilité des prix du pétrole, et de faible solvabilité des populations rurales, l'émergence des filières de proximité suppose de mettre en oeuvre des politiques publiques nationales pour orienter, protéger et inciter les parties prenantes.

Mais d'autres acteurs que l'État interviennent dans la construction de ces filières. Les jeux d'acteurs sont complexes entre le public et le privé, entre le local, le national et le global. Les relations sont parfois conflictuelles. Des alliances se nouent aussi entre les sociétés privées et l'État, entre les sociétés étrangères et les entreprises locales ou le pouvoir traditionnel, entre les collectivités territoriales, les ONG, les fondations et l'aide internationale.

Ces jeux d'acteurs et ces alliances marquent de leur empreinte les choix politiques qui détermineront les conséquences des investissements dans ce secteur.

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