Pastoralisme et aires protégées en Afrique de l'Ouest :du conflit à la gestion concertée de la transhumance transfrontalière dans la région du parc du W
Depuis 2001, à la faveur de la mise en oeuvre du programme ECOPAS, la transhumance transfrontalière a été identifiée comme une contrainte majeure à la conservation de la biodiversité dans le parc W
Exploitation pastorale du parc depuis son classement en 1954
Aggravation du phénomène de pâturage illégal par les transhumants à partir des grandes sécheresses des années 70 et 80
Résultats d'un survol aérien (UICN, 1994) :30 000 à 50 000 têtes de bétail dans le parc W
En 2003, 1 171 troupeaux de bovins totalisant 101 309 animaux ont été dénombrés dans le complexe WAPOK et sa périphérie proche
Compétition pour les ressources (eau, fourrages, salines)
Perturbation de la quiétude des animaux sauvages
Risques de transmission de maladies entre bétail et faune (ex. bovin vs buffle)
Braconnage et empoisonnement de la faune par les transhumants
Etat dramatique du bétail
Objectifs
Demande
Enrayer la pression pastorale et le pâturage illégal dans le Parc W
Question de recherche
Comment concilier les objectifs de conservation de la biodiversité dans le parc et satisfaire aux revendications légitimes des éleveurs en termes de fourrages, d'eau et de mobilité ?
Objectif
Analyser le phénomène de la transhumance dans la région du parc W dans une perspective de gestion concertée
Recherche participative auprès de tous les acteurs concernés par la transhumance (Administration, forces de l'ordre, services techniques, éleveurs, bergers, agriculteurs, associations traditionnelles/rugga, etc.)
Concertations nationales de validation des résultats des recherches
Atelier régional de synthèse et de propositions
Réunion extraordinaire du Conseil d'Orientation élargi du Programme ECOPAS (Cotonou, 2004) sur la transhumance
Cadre réglementaire
Textes nationaux réglementant la transhumance nationale
La Décision A/DEC.5/10/98 du 31/10/1998 relative à la réglementation de la transhumance transfrontalière entre les Etats membres de la CEDEAO (CIT, certificat international de transhumance)
On notera toutefois que le règlement durable de la question de la transhumance en périphérie du W constitue un processus de longue haleine, qui nécessitera encore que les administrations de tutelle y travaillent, en étroite collaboration et dans l'esprit d'intégration régionale qui a caractérisé tout le processus de Cotonou.
Au terme de l'activité du Programme ECOPAS, le rôle de l'UEMOA , autorité politique détentrice de la légitimité en terme d'intégration régionale, est à cet égard essentiel et demeure encore à l'ordre du jour, en particulier sur la question des règlements de conflits sur la constitution d'un "Comité des Sages" (Comité ad hoc), qui reste à créer et animer.
Conflits liés à la transhumance
Type de conflit
Principales causes
Éleveurs transhumants vs Agriculteurs
Occupation des espaces pastoraux (pistes à bétail, aires de pâturage, voies d'accès aux points d'eau)
Dégâts de cultures et/ou de récoltes dans les champs
Éleveurs transhumants vs Services forestiers
Inexistence ou non aménagement de couloirs de transhumance obligeant les animaux très affaiblis à de grands détours
Exploitation pastorale des aires protégées, dégradation de la faune et de son habitat
Mauvais traitement infligé aux animaux saisis, abattages systématique d'animaux
Éleveurs transhumants vs Concessionnaires de zone de chasse
dégradation de la faune et de son habitat
Mauvaise image des zones de chasse auprès des visiteurs étrangers du fait de la présence de bétail domestique dans les concessions
Éleveurs transhumants vs Éleveurs sédentaires
Pâturage nocturne, dégâts de champs et exacerbation des conflits avec les agriculteurs
Surpâturage conduisant à des déplacements obligatoires des éleveurs résidents
Éleveurs transhumants vs Corps habillés (Police, Douane, Gendarmerie, Forestiers)
Tracasseries administratives, y compris taxes sauvages
Non respect de la réglementation
Dégâts humains (viols de femmes, mort d'hommes, etc.)
Suspension de la transhumance transfrontalière au Bénin
Troupeau nigérien dans le couloir de transhumance du Parc de l'Arly
De l'exploitation pastorale du parc
Des contraintes de plus en plus fortes dans les zones d'attache
Manque saisonnier de fourrage et/ou d'eau sur des parcours surchargés et mal gérés
Réduction drastique de l'espace pastoral (progression du front agricole, péjoration climatique, etc.)
Des pistes officielles longues et fatigantes
Des risques de conflits entre agriculteurs et éleveurs pendant la saison des cultures
L'état du bétail dans l'espace pastoral de Kotchari au Burkina en début de saison pluvieuse est révélateur de la dégradation du paturage dans cette zone, alors que celle-ci verra passer des milliers de bovins en transhumance entre le Niger et le Bénin
Déterminants de la transhumance et de l'exploitation pastorale du W
d'abondantes ressources pastorales en zones d'accueil, y compris dans le parc W
Excellentes repousses d'Andropogonées vivaces
Points d'abreuvement permanents, ex. du Mékrou
Valorisation des complémentarités écologiques entre zones sahéliennes et soudaniennes
Sauver les animaux d'une mort certaine, et donc permettre à des communautés pastorales de vivre de leur activité !
Consensus pour la gestion de la transhumance transfrontalière
Stratégie axée sur l'éradication de la pression pastorale dans le parc et la sécurisation des activités d'élevage pastoral à sa périphérie
Mise en place d'un Cadre de concertation chargé d'accompagner le Programme ECOPAS sur la question de la transhumance
Planification des actions urgentes à mettre en oeuvre pour remédier à la situation préoccupante liée à la présence du bétail transhumant à l'intérieur du Parc W
Mise en oeuvre d'une stratégie IEC (information, éducation et communication) au profit de tous les acteurs
Redéfinition et aménagement des axes de transhumance (couloirs, aires de repos, zones d'accueil, etc.)
Collaboration
Hamadé Kagoné - INERA Burkina Faso
Pr Chantal Zoungrana - Université de Bobo Dioulasso, Burkina Faso