




















Un programme de recherche finalisée piloté conjointement par plusieurs centres de recherche et universités européennes et africaines contribue, par des études ciblées, à répondre aux questions que se posent les gestionnaires du Parc.

Le développement du tourisme de vision nécessite par exemple une montée en charge des espèces emblématiques. Cela implique notamment une amélioration de la qualité des biotopes, au travers :


Mieux appréhender la distribution spatio-temporelle de la faune contribue à optimiser son exploitation (tourisme de vision) mais également sa protection
Dans un site aussi vaste, anticiper les mouvements et les concentrations de faune permet également d'optimiser l'allocation de moyens de protection (postes de garde, patrouilles)
D'un point de vue sanitaire enfin, sachant que la faune est un réservoir potentiel de plusieurs épizooties transmissibles au bétail (peste bovine, tuberculose bovine, ... ), la modélisation des mouvements et des contacts faune-bétail facilite l'évaluation des risques de transmission et la proposition éventuelle de mesures préventives.


Tirant parti des avancées récentes en matière de positionnement GPS, une équipe de chercheurs menée par le CIRAD tente de lever le voile sur le comportement et l'écologie du buffle, une espèce parmi les plus emblématiques des savanes ouest-africaines, tant pour le tourisme de vision que de chasse.
D'une durée de trois ans, cette étude a pour but d'identifier et d'évaluer les variables explicatives de la mobilité et de la distribution spatiale de cette espèce. En d'autres termes, il s'agit de mieux comprendre ses exigences en termes d'habitat, ses stratégies de déplacement et d'occupation de l'espace, et enfin d'intégrer ces informations dans les orientations de gestion de l'aire protégée, et sa valorisation touristique.
Sur un plan plus fondamental, l'originalité de ce travail de recherche consistera à développer de nouveaux outils pour caractériser et comprendre la mobilité de la faune sauvage.

Pour caractériser l'occupation spatiale et la mobilité des troupeaux, le projet dispose de données de localisation d'individus équipés de balises GPS. Ces GPS de dernière génération ont une précision de 10 mètres, et la capacité de leurs batteries permet actuellement l'enregistrement d'environ 17.000 localisations GPS consécutives. Une fois acquises, les localisations stockées dans le GPS sont téléchargeables par système radio jusqu'à une distance de 3 kilomètres de l'animal.
Pour éviter de perdre les animaux marqués, faciliter leur suivi et le téléchargement des données GPS, une balise Argos est associée à chaque collier : chaque semaine, la balise transmet la position des animaux marqués à un réseau de satellites, et l'information est accessible aux utilisateurs sur Internet. Les colliers sont également munis d'un système de libération automatique : au terme de l'étude, ils se détachent automatiquement et peuvent être ainsi récupérés sans devoir immobiliser de nouveau les individus porteurs.
En mars 2007, un comptage aérien de cinq jours à l'échelle du Parc W a permis de localiser les zones de concentration des troupeaux de buffles, et d'asseoir un protocole d'échantillonnage représentatif de la distribution de la population à cette époque de l'année. L'effectif des buffles du Parc W est estimé à 3000 têtes, la taille moyenne des groupes à cette saison étant de 25 têtes.
Dans cette dynamique, une opération de capture a été menée par voie aérienne, au moyen d'un hélicoptère, et d'avions légers d'observation mis à disposition par l'armée nigérienne et burkinabé
L'étude n'a délibérément ciblé que des individus adultes, au sein de troupeaux reproducteurs, plus représentatifs des mouvements d'ensemble. Compte tenu des phénomènes attendus de séparation périodique du troupeau en sous-groupes, on a cherché, autant que possible, à équiper deux individus par troupeau, un mâle et une femelle.

En 2007 et 2008 un total de vingt-six buffles ont été immobilisés dans treize troupeaux répartis sur le Parc. On estime que cet échantillon représente un peu plus de 10% du nombre total de troupeaux évoluant dans le parc W à cette période de l'année.
Les GPS de ce premier lot d'animaux marqués ont été programmés pour fonctionner durant onze mois. La très grande qualité des enregistrements GPS qu'il est possible d'acquérir en zone de savane du fait du faible recouvrement ligneux et les récents développements des méthodes d'analyses ouvrent la perspective d'une compréhension fine des déterminants de la mobilité de ces animaux, de l'échelle journalière à l'échelle saisonnière.
Pour ce faire, les GPS ont été programmés pour acquérir des localisations à deux échelles de temps : une localisation toute les 3 heures en continu et une localisation toutes les 5 minutes durant trois jours, à raison d'une fois par mois.

Les localisations GPS acquises à intervalles de trois heures durant onze mois fournissent des informations de choix sur le domaine vital des troupeaux, et leurs déplacements saisonniers. Ces informations sont croisées avec des données satellitaires produites par la Nasa ou l'Agence Spatiale Européenne et en libre accès sur Internet, telles que la distribution spatio-temporelle des feux de brousse, de la pluviométrie, ou de la production primaire (repousses herbacées et ligneuses).
Les localisations GPS acquises périodiquement à intervalles de cinq minutes et durant trois jours permettent de reconstituer à posteriori le trajet exact du troupeau et son activité. En pratique, une équipe repasse dans les traces des animaux avec un GPS manuel et à chaque station, une série de variables est notée : nature du terrain, de la végétation, les espèces consommées, la hauteur d'herbe, l'activité présumée de l'animal (pâturage, repos, abreuvement, etc.). Les troupeaux parcourant en moyenne une douzaine de kilomètres par jour, seul un échantillon des trajets est reconstitué.

Ce suivi original est également mis à profit pour évaluer l'évolution saisonnière de la condition physique et sanitaire des troupeaux suivis. Ce diagnostic est effectué au travers l'analyse de ses bouses. Les bouses sont collectées et conditionnées sur une base régulière au sein des mêmes troupeaux.
L'analyse de leur charge en azote permettra par exemple d'évaluer les variations saisonnières de la qualité du régime alimentaire des troupeaux, un déterminant supposé des déplacements. Ces collectes régulières de bouses provenant des troupeaux suivis permettent également de quantifier le parasitisme ainsi que leur niveau de stress (dosage des taux de cortisol), et les phases de reproduction (dosages des hormones de reproduction).
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| Daniel Cornelis Marie-Noel de Visscher |
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