En 2005 et 2006 au Bénin, les pertes de production du manguier (Photo 1) dues aux attaques des mouches des fruits (Diptera Tephritidae), ravageurs de quarantaine, ont dépassé 50 % en milieu de campagne (Vayssières et al, 2009). Cette contrainte phytosanitaire majeure pénalise lourdement les marchés nationaux, régionaux et internationaux. Il s'ensuit une perte de revenus considérables pour les planteurs et les populations soudaniennes (sensu lato) pour lesquelles la mangue est d'abord un vivrier (Vayssières et al, 2008). Pour lutter contre ce fléau régional nous recommandons la mise en oeuvre de méthodes de lutte intégrée ou "IPM-package" (cf. Fiche N°6) car une seule méthode de lutte ne garantit pas une efficacité durable. Une conditionnalité est la mise au point d'indicateurs technico-économiques afin de déclencher au bon moment des techniques efficaces de lutte curative. Comme indicateur d'aide à la décision nous avons le seuil économique de nuisibilité (SEN ou « EIL »).
Quelques définitions
Rendement / Perte de Rendement
Le rendement se calcule à partir du poids moyen d'une mangue pour un cv donné. C'est le nombre moyen de fruits / arbre x le poids moyen d'un fruit x la densité moyenne d'arbre / ha.
Un fruit piqué est un fruit perdu. La perte de rendement est le nombre moyen de fruits piqués / arbre x le poids moyen d'un fruit x la densité moyenne d'arbre / ha.
Seuil de nuisibilité (SN)
C'est le seuil à partir duquel des méthodes de lutte doivent être déclenchées afin d'empêcher que le niveau des populations du ravageur n'atteigne le seuil économique de nuisibilité
Seuil économique de nuisibilité (SEN)
C'est la plus faible densité de population du ravageur causant des dommages d'ordre économique.
4 pièges TePhriTrap TPT à Méthyl eugénol (Met) et 4 pièges TPT à Terpinyl acétate (Ter). La densité moyenne optimale est de 1 à 2 pièges paraphéromonaux (Met, Ter) par hectare dans le cas du piégeage de détection.
Méthodes : collecte des données
Niveaux de populations de Tephritidae
Installer les pièges le plus tôt possible (janvier).
Collecter les mouches chaque semaine (cf. Fiche N°3).
Estimation du rendement
Réaliser l'estimation des rendements en mars pour les cv précoces, en avril pour les cv de saison et en mai pour les cv tardifs (cas du Bénin) durant deux campagnes consécutives.
Sélectionner 10 arbres par cultivar dans chaque verger et collecter 10 fruits par arbre.
Peser chaque fruit.
Compter le nombre de fruits / arbre.
Estimation des pertes imputables aux Tephritidae
Réaliser l'estimation en une campagne et ce durant toute la campagne (ex. avril-juin au Bénin)
Sélectionner 5 arbres par variété dans chaque verger.
Collecter 10 fruits par arbre chaque semaine.
L'observation visuelle d'une piqûre de mouche (Photo 2) équivaut à la perte du fruit.
Les observations sont réalisées sur des lots de 10 fruits. Un fruit piqué = 10% de perte / arbre.
Autres données nécessaires
Coûts de production
Prix du kilogramme de mangues (prix minimum, prix moyen et prix maximum).
Photo 2 - Piqûres de Tephritidae sur le cultivar Eldon après :
A: qq heures;
B: 2 à 3 jours;
C: 3 à 6 jours
Seuil de nuisibilité économique : formule de Pedigo et al - 1986
SEN=C/VIDK = nombre de mouches capturées / ha / semaine
C = Coût des traitements phytosanitaires qui sont nécessaires pour faire baisser significativement le niveau des populations des espèces de Tephritidae (F CFA / ha).
C = Valeur commerciale d'un kg de mangues en F CFA (prix min, prix moyen, prix max).
I = Pente de la régression linéaire entre le nbre de mouches des fruits et leurs dégâts.
D = Perte de tonnage en fonction des dégâts.
K = Efficacité de la mesure de contrôle (en % de réduction des pertes).
Calcul du Seuil de nuisibilité économique (ou EIL)
Coût des traitements phytosanitaires + travaux afférents: (C)
Le GF 120 permet une réduction d'environ 80 % des dégâts (si l'on suit le protocole).
Procédure de calcul sur 12 semaines: (cf. Fiche N°4).
Prix produit de traitement (C1) = Nb de litres (12) x prix d'un litre (~10 000 F) = 120 000 F
Prix matériel de traitement (C2) = Prix pulvérisateur = 50 000 F
Prix entretien avant traitement (C3) = Prix de l'entretien (20 000 F) x 2 fois = 40 000 F
Prix du matériel de détection (C4) = Prix des pièges + prix des pastilles = 20 000 F
C = C1 + C2 + C3 + C4 = 230 000 F
Valeur commerciale d'un kg de mangues: (V) (Cf Tableau 1: exemple du Bénin)
Prix minimum = Prix moyen pondéré en plein milieu de campagne (offre > demande).
Prix maximum = Prix moyen pondéré en début/fin de campagne (offre < demande).
Prix moyen = Moyenne (Prix minimum et Prix maximum).
Prix / kg = Prix x 1kg / poids moyen d'un fruit (en kg).
Tableau 1 - Variabilité des prix des mangues bord champs en fonction des cultivars dans le Borgou en 2006
Cultivars
Prix minimum (F CFA
Prix maximum (F CFA)
Prix moyen (F CFA)
Unitaire
1 Kg
Milieu de campagne
Unitaire
1 Kg
Début de campagne
Fin de campagne
Unitaire;
1 Kg
Gouverneur
10
40
9 avril - 6 mai
25
100
25 mars - 8 avril
20
70
Eldon
10
30
18 avril - 15 mai
25
70
3 avril - 17 avril
20
50
Dabshar
10
20
1 mai - 29 mai
20
40
17 avril - 30 avril
15
30
Kent
10
20
1 mai - 29 mai
25
50
17 avril - 30 avril
30 mai - 19 juin
20
35
Smith
10
20
1 mai - 29 mai
25
55
30 mai - 19 juin
20
37.5
Keitt
10
25
15 mai - 19 juin
25
60
20 juin - 5 juillet
20
42.5
Brooks
10
20
29 mai - 25 juin
25
45
25 juin - 14 juillet
20
32.5
Figure 1 : Variable 1
Pente de la régression linéaire entre le nombre de mouches des fruits et les dégâts: (I)
C'est une relation linéaire (Fig. 1)
Si la régression est calculée sur des captures transformées en log, la valeur du SEN ou EIL sera exprimée en log.
Perte de tonnage en fonction des dégâts: (D)
D = [(% de perte/ha)/100) x (Nb moyen de fruit/arbre) x (densité moyenne d'arbre /ha)]
Estimation efficacité de la mesure de contrôle: (K)
Elle permet globalement une réduction d'environ 80 % des dégâts sur fruits dus aux mouches. K = 0,8
Exemple de calcul SEN = EIL
(Tableau 2)
Pour ce calcul les variables I et D ont une valeur propre à chaque cultivar. Ex. cv Kent: I (0.039), D (5400); C et K sont des constantes: C (230 000 F), K (0.8); V est une variable.
Avec 3 V, on peut calculer 3 SEN (Tabl. 2). Ex: Kent V = (20, 35, 50); SEN = (30, 43, 75)
Tableau 2 : SEN ou EIL de sept différents cv de manguiers en fonction de différents prix (campagne 2006 au Bénin)
Installer très tôt (en janvier) des pièges à mouches des fruits à raison de 1 à 2 pièges par hectare.
Compter chaque semaine les captures de mouches par piège et rapporter ce nombre à l'ha.
Comparer ce nombre de mouches capturées / ha au SEN (EIL) :
Si le SEN est dépassé on est en droit de déclencher des traitements avec le GF-120 (les bénéfices seront globalement supérieurs aux coûts de production).
Par contre, en deçà du SEN on devra s'abstenir de déclencher des traitements avec le GF-120 car la lutte ne serait pas rentable dans ce cas.
Remarques
Le calcul du SEN est un outil, ou indicateur, pour déclencher des méthodes de lutte (ici avec le GF-120) et pouvoir neutraliser tout accroissement démographique important des mouches.
Dans le calcul du SEN nous ne pouvons pas différencier les espèces de mouches. Ce sont donc toutes les espèces de mouches des fruits d'intérêt économique qui sont ciblées ici.
Il est difficile de contrôler efficacement des populations de mouches si l'on s'y prend trop tard.
Une modification même mineure, des prix du marché (pour les mangues) ou du coût des traitements (avec le GF-120) aura pour conséquence de modifier les calculs et donc les SEN.
C (le coût/hectare) est variable en fonction des types d'exploitation.
Articles scientifiques
Pedigo L.P., Hutchins S.H., Highley L.G., 1986. Economic injury levels in theory and practice. Ann. Rev. Entomol., 31, 341-368.
Vayssières J.F., Korie S., Ayegnon D., 2009. Correlation of fruit fly (Diptera Tephritidae) infestation of major mango cultivars in Borgou (Benin) with abiotic and biotic factors and assessment of damage. Crop Protection, doi: 10.1016/j.cropro.2009.01.010