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En se proposant d'analyser la question du développement des biocarburants en Afrique, aussi bien dans ses dimensions technologiques, agronomiques et environnementales que dans ses aspects institutionnels et politiques, la conférence s'est voulue un lieu privilégié d'échanges entre les décideurs politiques et économiques, les experts techniques et la société civile des pays africains. Ce sont plus de 300 personnalités, experts, décideurs représentants d'ONG issus de 35 pays qui se sont réunis durant 3 jours à Ouagadougou, sous l'égide du gouvernement du Burkina Faso et des organisations régionales CEDEAO et UEMOA.
L'objectif principal de la conférence internationale Enjeux et Perspectives des Biocarburants pour l'Afrique était de fournir aux gouvernements et aux décideurs des pays de la CDEAO une évaluation objective du potentiel des biocarburants en Afrique. Il est en effet plus que jamais nécessaire d'évaluer sereinement, sur des bases rationnelles le potentiel véritable des biocarburants en Afrique, en mettant en exergue leurs opportunités et leurs avantages sans oublier leurs limites et les risques aux plans environnemental, économique et social.
En effet, dans la plupart des pays d'Afrique, la croissance économique induit des besoins énergétiques importants et croissants. Un accès difficile aux ressources énergétiques représente incontestablement un frein majeur au développement. La flambée actuelle des prix du pétrole et d'autres matières premières fragilise encore plus l'économie des états comme celle des ménages notamment des plus démunis. Les biocarburants sont certainement une option à ne pas négliger mais les stratégies nationales, énergétiques bien sure, mais aussi agricole et tarifaires, pour ne citer quelles, doivent être fondées sur une évaluation approfondie des différents scénarii possibles parmi lesquels ; la production de biodiesel ou d'éthanol pour l'exportation versus la mise en oeuvre de filières courtes huiles végétales pour l'électrification rurale. Ce sont de vrais choix politiques, aux conséquences économiques, sociales et environnementales radicalement différentes. On peut en effet penser que les biocarburants pour l'export concerneront plutôt une agriculture de type industrielle peu créatrice d'emplois, alors que dans le second cas, ces solutions se satisferont bien de systèmes agro-sylvo-pastoraux présentant potentiellement moins de risques pour l'environnement.

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Le comité d'organisation et les différents intervenants de la conférence se sont attachés lors de la première session plénière, à présenter l'état de l'art en matière de technologies de production des biocarburants et les perspectives au plan agricole pour les cultures traditionnelles concernées par les carburants de première génération. Il ressort des présentations que les technologies de première génération (produisant des carburants à partir de l'huile, du sucre ou de l'amidon des plantes) sont mâtures et font déjà l'objet d'une publicité importante sur le continent Africain avec de nombreux projets à l'étude. Il a été montré que la disponibilité en matières premières pouvait constituer le facteur limitant principal, notamment pour les produits oléagineux, base du biodiesel. En effet, bien que sur les 5 dernières années, l'augmentation de la production totale des graines (arachide, coton, sésame, palme, noix de coco) de la CEDEAO soit, supérieure à 100 % et que la consommation par habitant soit restée à peu près constante, la région reste majoritairement déficitaire. Les prix des huiles : palme, soja, coco, arachide ont fortement augmenté suivant ainsi, comme l'huile de palme, pratiquement la même courbe que ceux pétrole. Les biocarburants pourraient à l'avenir reposer sur des cultures dédiées à la production énergétique et sur des sous produits de l'agriculture, réduisant ainsi potentiellement les tensions sur les prix agricoles.
Les présentations et les discussions concernant, les technologies de seconde génération permettant de convertir la ligno-cellulose en sucres, pour obtenir de l'éthanol, ou pour produire du gaz de synthèse puis du diesel, ont également montré que celles-ci ne sont pas encore viables commercialement, et ne le seront pas avant plusieurs années (de 10 à 15 ans). La concurrence entre biocarburants et cultures alimentaires autour des terres, de l'eau et des autres facteurs de production (intrants, main d'oeuvre ... ) risque de perdurer, notamment parce que la demande globale en produits agricoles augmente du fait de la démographie et d'une évolution des pratiques de consommation dans de nombreux pays en développement. Les principales expériences en matière de biocarburants: Europe, Inde, zone pacifique, Brésil ... ont fait l'objet de présentations et de discussions afin de favoriser les échanges d'expériences pour en tirer les enseignements. Elles mettent en évidence l'importance de la prise en compte des spécificités socioéconomiques nationales.

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Les défis et les risques pour la durabilité économique sociale et environnementale des biocarburants ont été abordés lors de la deuxième session plénière en essayant de mettre en évidence les bénéfices potentiels et les impacts environnementaux des biocarburants parfois très controversés. Devant les risques de promotion de filières mal adaptées aux conditions particulières des pays, les discussions ont confirmé l'importance qu'il y a à considérer les spécificités locales des ressources en biomasse et à accepter que la demande en biocarburants liquides puisse s'exprimer selon d'autres schémas que ceux rencontrés dans les pays industrialisés.
A défaut, la plus grande partie des moyens nécessaires à l'implantation d'une industrie de biocarburant reposerait sur des investissements extérieurs, dont les déterminants pourraient différer des priorités nationales. Ont aussi été relevés le manque d'information précise sur les conditions de mise en oeuvre de certaines filière ou culture de plantes alternatives tel le Pourghère (ou Jatropha) et la nécessité d'aborder la question des biocarburants de façon globale. La hausse des prix agricoles imputable à la demande en biocarburants a également été au coeur du débat sur un conflit potentiel entre alimentation et carburant. S'il a été reconnu que la hausse des cours des produits agricoles de base peut sérieusement compromettre la situation des populations pauvres, il a été rappelé aussi que nombre de producteurs pouvaient bénéficier de cette hausse, d'autant plus facilement si les biocarburants leur permettent de moderniser leur agriculture et d'accroitre la productivité agricole.
Ces deux premières sessions ainsi que les discussions des tables rondes avaient pour objectif d'apporter des éléments de décision sur les différentes options technologiques nécessaire à la mise en place de politiques cohérentes en matière de biocarburants (secteur qui exigera en effet une coordination interministérielle) et novatrices en Afrique. Ces aspects ont également été discutés lors de la troisième session plénière le dernier jour. Il ressort qu'en l'état actuel de la technologie, les biocarburants ne pourront améliorer que marginalement la sécurité énergétique des pays, car la production agricole de la CEDEAO ne répond actuellement qu'à une faible part de la demande en carburants.
Il est supposé que le recours à des cultures énergétiques dédiées telle le Jatropha, pourraient apporter une plus grande contribution à la sécurité énergétique, mais les exemples manquent encore. Jusqu'à présent, la production de biocarburants dans les pays industrialisés ou au Brésil, s'est développée à la faveur de droits de douanes élevés souvent associés à de fortes subventions. Pour les pays de la CEDEAO qui pourraient produire efficacement des biocarburants pour l'autoconsommation ou à destination de nouveaux marchés d'exportation, de telles politiques pourraient s'avérer trop coûteuses. La difficulté pour les gouvernements des pays africains consistera à éviter de soutenir la production de biocarburants par des mesures incitatives causant des distorsions susceptibles de faire disparaître d'autres activités plus rentables, et à mettre en place une réglementation susceptible de préserver la fraction la plus démunie de leurs populations. Ils doivent donc évaluer attentivement les bénéfices économiques, environnementaux et sociaux ainsi que les 4 avantages en termes de sécurité énergétique qu'ils peuvent attendre des différentes options possibles : biodiesel ou éthanol, export ou marché national, transport ou électrification rurale, etc.
| Philippe Girard Abigaïl Fallot Joël Blin | ||
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