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Intensification écologique

L'agriculture de conservation

 

L'agriculture de conservation en Afrique de l'Ouest et du Centre


Agriculture de conservation
Agriculture de conservation

Etat des connaissances sur la conservation des sols - la mise en valeur des terres en Afrique de l'ouest et du centre (AOC)

 

Le rythme accéléré des transformations économiques et démographiques connues par l'AOC durant les cinquante dernières années a plusieurs facettes.

Le secteur agricole a été le témoin d'une spectaculaire évolution et adaptation, à travers plusieurs processus simultanés :

Du fait de ces transformations, le secteur agricole a été en mesure de nourrir une population rurale en forte croissance, et de contribuer à nourrir les villes.

Cependant, cela s'est fait avec un coût élevé pour les ressources naturelles de base, avec de lourdes dégradations des terres : perte de sol, érosion, baisse de fertilité, déforestation etc., comme le constate l'initiative de projet pour le Millenium.

Agriculture de conservation
Agriculture de conservation

Durant les années 1970 et 1980, il était devenu évident que la pression de la population commençait à avoir des conséquences importantes sur l'environnement et sur la production agricole : dans certaines régions la dégradation des sols s'accroissait de manière exponentielle, conduisant à des terres complètement stériles, dans lesquelles l'infiltration de l'eau est très limitée, soit comme une étape dans le processus de désertification. Ces terres sont appelées Zipélé au Burkina Faso.

En réponse à ce processus, des groupes nationaux et internationaux, des ministères, des associations d'agriculteurs, des centres de recherche etc. ont commencé à tester et à appliquer des pratiques visant la réduction de la dégradation des terres et la réhabilitation des sols dégradés.

Même si il est difficile de comptabiliser l'impact global de ces technologies sur la dégradation des ressources naturelles, certaines d'entre-elles ont déjà montré sans aucun doute leur efficience, leur adaptabilité, leur acceptabilité et leur profitabilité sur le long terme pour les agriculteurs dans diverses conditions environnementale de l'AOC.

Le FIDA a d'ailleurs joué un rôle actif dans la promotion de ces approches à travers ses investissements et ses projets de Recherche - Développement en AOC. Ces techniques combinent des interventions à différentes échelles (parcelle / champ/ terroir): certaines techniques utilisées en Afrique sahélienne (Zai, Tassa, demi-lunes, cordons pierreux, certaines options régénération naturelle par agro foresterie, couloirs de transhumance etc.) ont été largement adoptées par les agriculteurs, et les investissements en rapport (notamment en travail) pour maintenir le capital sol font maintenant partie des habitudes des communautés rurales.

En revanche, d'autres pratiques recommandées (agroforesterie, haies vives) n'ont pas survécu, du fait de leur inadaptation aux systèmes techniques, sociaux ou économiques en vigueur dans certaines zones .

Dans tous les cas, les agriculteurs et leurs associations, les ministères, les ONGs et les centres nationaux et internationaux de recherche sont maintenant bien équipés pour évaluer ces techniques par rapport aux conditions environnementales, mais aussi au regard de leur acceptabilité par les agriculteurs dans des conditions sociales, économiques et démographiques données.

L'Agriculture de Conservation (AC) dans le monde et en Afrique de l'Ouest et du Centre (AOC)

L'agriculture de conservation (AC) est une des approches les plus intéressantes parmi toutes celles qui ont un potentiel pour résoudre les problèmes environnementaux que rencontrent les agricultures en Afrique de l'Ouest et du Centre. L'Agriculture de Conservation (AC) fait référence à l'application simultanée de trois principes :

La couverture du sol peut être assurée par les résidus de cultures, par des plantes de couverture, par les produits de la taille d'arbres (émondes) ou même par la biomasse produite ex-situ. L'AC stimule les processus écologiques dynamiques et "naturels" à l'image de ceux en activité dans les écosystèmes naturels.

Des termes comme Zéro labour, ou "Systèmes avec Couverture Végétale (SCV)" sont aussi utilisés pour caractériser l'AC.

Après plusieurs décennies d'essais et de dissémination, une série de techniques agricoles définies comme AC ont obtenu une acceptation mondiale, et sont reconnues comme une des meilleures voies pratiques de mise en oeuvre du concept d'agriculture durable dans une large gamme d'environnements agro-climatiques et socio-économiques.

Les succès obtenus en Amérique du Sud ont démontré que l'AC peut être adaptée et adoptée aussi bien par les grandes que par les petites agricultures dans un contexte de partenariats multiples mené par les agriculteurs et leurs organisations.

Le FIDA a récemment soutenu avec succès une de ces initiatives au sud du Brésil . Il y a aussi des résultats montrant que l'AC peut contribuer de manière significative à la résolution de réels problèmes de manque de main d'oeuvre, comme ceux résultants du SIDA.

Il y a également de fortes évidences selon lesquelles l'AC contribue significativement à l'amélioration de la sécurité alimentaire tout en réduisant la dégradation des terres en Afrique Sub-saharienne.

Récemment (juin-juillet 2005), un brainstorming sous forme d'une conférence électronique a été organisé , avec le soutien du CIRAD, de la FAO, du FFEM, de l'AFD, du MAE et du FIDA, comme prélude au congrès de Nairobi sur l'AC qui a eu lieu en octobre 2005. Cette conférence a mobilisé la participation active de 80 experts et agriculteurs. Elle a permis d'analyser en profondeur les obstacles à la dissémination de l'AC en AOC ;

les expériences de l'Afrique de l'Est et du Sud y ont également été relatées et discutées. Quelques "success stories" relatives à l'AOC ont montré à l'évidence le grand potentiel de l'AC pour la communauté de petits agriculteurs de l'AOC, même s'il est clairement apparu que du fait du faible potentiel de production de biomasse et des règles communautaires traditionnelles, l'adoption naturelle de l'AC sera en quelque sorte un grand défi.

Le congrès de Nairobi a aussi donné naissance à un réseau d'AC en AOC. La conception de ce projet tire fortement ces origines des conclusions de cette e-conférence et du congrès qui l'a suivie.

sLes bénéfices de l'AC sont significatifs au regard des considérations environnementales :

La couverture du sol conduit à l'élimination des pertes d'eau par ruissellement de manière aussi efficace que les techniques traditionnelles.

En termes économiques, il y de fortes évidences de l'intérêt de l'AC :

Ces aspects constituent un des atouts majeurs des communautés d'agriculteurs de l'AOC, y compris les plus pauvres.

Une revue globale sur l'AC montre que son adoption est actuellement en progression exponentielle en Amérique et en Australie, elle est rapide dans les ex-républiques socialistes de l'Europe de l'Est et de l'Asie de l'Est.

Sa progression est encore balbutiante dans les parties humides de l'Asie (y compris en Chine) ;

elle est relativement stable voire faible en Europe de l'Ouest.

En Afrique de l'Est on assiste à une progression relativement rapide de l'AC alors qu'elle est faiblement présente et progresse lentement en AOC.

Actuellement, 95 millions d'hectares dans le monde sont cultivés en AC. La demande des agriculteurs pour les techniques de l'AC est en accroissement très rapide en Amérique Latine, en Asie et en Afrique de l'Est et du Sud ; à plusieurs égards, ces contextes sont similaires à ceux de l'AOC. On est en droit d'attendre que cette tendance bottom-up finisse par rencontrer un mouvement top-down du fait que les gouvernements, les agences de développement et les institutions de recherche assurent de plus en plus la promotion des approches AC.

 

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 Florent Maraux, (CIRAD-Montpellier)
Rabah Lahmar (Cirad - Burkina Faso)

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